La reine des neiges

 

 

LA REINE DES NEIGES

 

 

 

Il y avait autrefois de petits personnages appelés des gnomes, qui ne se plaisaient qu'à faire le mal et à jouer toutes sortes de tours aux gens qu'ils rencontraient.

L'un de ces gnomes, qui était à la fois particulièrement méchant et trés ingénieux, avait fabriqué un extraordinaire miroir magique ayant le pouvoir de rendre méchantes toutes les personnes qui s'y regardaient et affreuses toutes les choses qui s'y reflétaient.

Ravi de son abominable invention, ce mauvais gnome allait de pays en pays en brandissant son miroir dans tous les sens, semant ainsi la tristesse partout ou il passait, ce qui lui faisait le plus vif plaisir.

Puis, un jour, il laissa par mégarde tomber le miroir. Celui-ci heurta le sol, clic!  clac! clic! clac! et se brisa en des milliers et des milliers de minuscules éclats.

A ce moment , un vent violent qui passait de ce côté éparpilla par-ci, par-là, cette multitude de petits morceaux du miroir magique.

   - Bravo! hurla le vilain gnome en pensant à tous les malheurs que son miroir brisé allair déchaîner.

Mais il n'eut pas le temps d'en dire davantage, car le vent l'emporta, lui aussi, si loin, si loin que nul n'entendit plus jamais parler de lui. Le pays ou le miroir magique s'était cassé avait pour capitale une ville immense.

Or, dans une des plus misérables rues de cette ville, il y avait deux maisons hautes, étroites, noires et tristes, qui se faisaient face. Mais, sous les combles de ces pauvres maisons, vivaient deux familles heureuses et paisibles. Car, dans l'une de ces familles, il y avait un jeune garçon nommé Kay, qui était affectueux, intelligent et plein d'entrain. Et, dans l'autre famille, se trouvait une douce et courageuse petite fille appelée Gerda. Kay et Gerda étaient amis et s'aimaient tendrement.

Et comme les deux amis trouvaient que leur étroite rue ou s'élevaient leurs maisons était vraiment trop laide, ils avaient entrepris de cultiver, chacun sur son balcon, des fleurs et des plantes en pot, qui grimpaient le long des murs jusqu'aux toits et encadraient joliment leurs fenêtres: on aurait dit de petits jardins suspendus, ce qui paraissait tout à fait extraordinaire dans ce quartier maussade, sans verdure ni square d'aucune sorte.

    - Kay, regarde! mes liserons se sont épanouis, et j'ai des marguerites superbes! criait parfois Gerda, toute joyeuse.

   - Et moi, j'ai des clochettes bleues, des géraniums, des capucines! répondait le garçon.

Bref, malgré l'humble existence qu'ils menaient, Kay et Gerda étaient trés heureux.

Mais le méchant gnome en décida tout autrement, car le vent qui l'emportait traversa en trombe la ville ou vivaient les deux enfants et y laissa tomber trois minuscules éclats du miroir magique, qui atteignirent Kay à la fois dans les yeux et dans le coeur.Ces éclats de miroir étaient si petits que Kay ne ressentit aucun mal. Surpris, il les regarda, puis il les jeta et n'y pensa plus. Mais, dés ce moment, tout ce qui jusqu'alors avait fait son bonheur lui parut affreux, stupide et tout à fait insupportable.

   - Ah! comme nos jardinets sont ridicules et comme tu es ennuyeuse, ma pauvre Gerda! J'en ai assez de toujours jouer avec une petite sotte. Adieu, je vais m'amuser ailleurs! s'écria-t-il en ricanant.

   - Oh! Kay, ne pars pas, je t'en prie, dit la petite fille d'un air malheureux.

Mais, sans pitié pour le chagrin de sa pauvre amie, Kay haussa les épaules. Puis, sans se retourner, il descendit quatre à quatre les marches de l'escalier et , s'élançant hors de la vieille maison, il courut vers les lumières de la ville.

Pendant des jours, des semaines, des mois, Gerda attendit le retour de l'absent. Mais l'hiver arriva sans que Kay reparut sur le balcon ou, naguére, il cultivait paisiblement son jardinet. Car, si la petite fille pensait sans cesse à son camarade parti, celui-ci ne se souciait pas du tout d'elle.

En effet, Kay avait fait la connaissance d'une bande de jeunes vauriens et il était devenu le plus mauvais garnement de la ville.

   - Le voila... le voila.... Kay le fripon! Kay le coquin! Arrêtez-le! criait-on quand on le voyait passer, l'air insolent, aprés quelque nouveau méfait.

Mais il connaissait si bien tous les recoins secrets et toutes les ruelles tortueuses de ces vieux quartiers, que nul ne parvenit à l'attraper.

Cet hiver là fut tellement rigoureux qu'une neige épaisse s'amassa dans les rues et atteignit le premier étage de toutes les maisons: on ne pouvait plus circuler à pied qu'avec grande difficulté. Aussi, Kay déroba brutalement à deux enfants sans défense une belle petite luge bleue et, de ce jour, il parcourut triomphalement la ville dans tous les sens, vif et rapide comme un feu follet.

Or, un soir, que le froid était terrible, Kay s'égara dans un faubourg inconnu de la grande ville. Las, grelottant, affamé, il errait à la recherche d'un refuge pour la nuit, quand il fut dépassé par deux beaux chevaux blancs galopant à toute allure. Ils étaient attelés à un somptueux traîneau parsemé d'étoiles étincelantes, à l'intérieur duquel se trouvait une femme trés belle enveloppée de fourrures couleur de neige.

Soudain, les chevaux s'arrêtèrent, et la voyageuse ordonna à Kay de s'asseoir à côté d'elle.

Quand ce fut fait, les chevaux reprirent leur course folle à travers une épouvantable tempête de neige.

Et comme Kay tremblait de peur, la belle dame déposa sur son front un baiser glacé. Alors, il oublia tout et sombra dans un profond sommeil..

Pendant ce temps, Gerda, qui n'avait pas oublié son cher ami Kay, entreprit de le chercher dans toute la ville. C'est ainsi qu'elle rencontra et questionna les garnements avec lesquels il avait longtemps vécu. Emus par le chagrin de la petite fille, ils lui répondirent:

   - Un soir que la neige tourbillonnait sur la ville, nous l'avons aperçu dans un magnifique traîneau blanc qui filait à toute vitesse vers le nord. Et, depuis, nul ne sait ce qu'il est devenu.

   - Eh bien! des la fin de l'hiver, je partirai à sa recherche et je ne reviendrai que lorsque je l'aurai retrouvé, déclara la courageuse enfant.

Gerda attendit donc la fonte des neiges et, aussitôt que les premières fleurs printanières se montrèrent, elle embrassa les vieux grand-parents avec lesquels elle vivait et elle partit à pied vers le nord.

Bientôt, elle arriva prés d'une rivière ou une  barque amarrée à la berge semblait l'attendre. Gerda y prit place, la détacha et, comme si la barque n'eût attendu que cela, elle partit au fil de l'eau, traversant de si riantes campagnes et des villages si pittoresques qu'elle en était ravie.

Aprés plusieurs jours de voyage, la barque s'arrêta devant une jolie chaumière. Une vieille dame en sortit vivement et s'approcha de Gerda.

   - Sois la bienvenue chez moi, mon enfant. Tu t'y reposeras tout à ton aise pendant que je prendrai soin de toi, dit aimablement la vieille dame en conduisant Gerda jusqu'à sa chaumière.

Quand la fillette fut assise, la vieille dame s'écria:

   - Ah! que tu es mal coiffée! tu as vraiment besoin d'être peignée: tiens-toi tranquille et laisse-moi faire.

 Elle se mit alors à peigner les longs cheveux blonds de l'enfant avec un peigne en or fin et, à mesure qu'elle peignait, Gerda perdait peu à peu tout souvenir de sa vie passée. Car le peigne et la barque étaient magiques, et l'aimable vieille dame était un peu sorcière et, souhaitant avoir une amie pour lui tenir compagnie, avait jeté un sort à Gerda, afin que celle-ci n'ait jamais la tentation de la quitter.

Gerda vécut donc quelque temps heureuse et sans souci chez la vieille dame qui n'était pas une méchante personne, jusqu'au jour ou des centaines de fleurs s'épanouirent dans le jardinet entourant la chaumière, des fleurs pareilles à celles que Kay cultivai autrefois sur son balcon, tout en haut de la vieille maison.

A cette vue, tous les souvenirs endormis dans la mémoire de Gerda se réveillèrent tout d'un coup.

   - Oh! Kay, mon ami Kay, je t'avais oublié....mais il faut que je te retrouve! pensa-t-elle avec remords.

Et, profitant d'une minute d'inattention de la vieille dame, elle s'enfuit jusqu'à la forêt voisine. Pour échapper à la vieille dame, Gerda courut longtemps dans la forêt. La nuit était tombée et, au loin, les ours et les loups grondaient. Mais elle ne s'arrêta qu'en arrivant en vue d'une misérable cahute.

   - Au secours! cria Gerda en frappant à la porte.

 Alors, celle-ci s'ouvrit devant une jeune paysanne. Elle était bourrue,mais compatissante, et vivait en ces lieux d'oiseaux sont elle comprenait le language.

Lorsqu'elle eut donné à manger à Gerda, celle-ci lui raconta son histoire. Fort émue, la jeune paysanne consulta les oiseaux qui connaissaient les événements de la forêt.

   - Kay est passé par ici dans le traîneau de la Reine des neiges qui regagnait son royaume situé en Laponie, dirent-ils.

   - Ou trouverais-je ce royaume? demanda Gerda.

   - Il commence à l'endroit ou s'élève en toutes saisons un buisson couvert de baies rouges, répondirent les oiseaux.

   - Ah! comment atteindre à pied ce pays? gémit Gerda.

La jeune paysanne , qui avait bon coeur, proposa alors à son renne de lui rendre la liberté à condition qu'il conduise la petite fille au royaume de la Reine des neiges. Le renne accepta. Le lendemain matin, Gerda embrassa sa nouvelle amie, grimpa sur le dos du grand animal qui partit au galop.

"Quel bonheur! Je reverrai bientôt Kay et nous reprendrons notre douce vie d'autrefois", pensait Gerda en se cramponnant au cou de sa monture pour ne pas tomber.

Elle grelottait car, à mesure que le renne avançait vers le nord, le froid devenait plus vif et la neige tourbillonnait à gros flocons. Enfin, le renne s'arrêta devant un buisson couvert de milliers de baies rouges, et, chagriné de quitter la gentille enfant, il laissa couler ses larmes.

    - Adieu et merci! lui dit Gerda en le baisant au front.

Et elle pénétra dans le royaume de la Reine des neiges. Mais, pendant que Gerda était continuellement occupée du souvenir de Kay, le jeune garçon, lui, ne pensait guère à elle. Car, en touchant ses yeux et son coeur, les éclats du diabolique miroir magique l'avait rendu totalement indifférent à ce qui est bon, à ce qui est beau, et à tout ce qu'il avait tant aimé autrefois.

Il vivait donc, sans souvenir et sans joie, comme sans peine, dans le merveilleux château de glace de la Reine des neiges, insensible à toutes les splendeurs environnantes. Et, quand il allait se promener dehors, même les charmants oursons de la reine ne parvenaient pas à l'égayer.

 Le temps passait, monotone et triste, dans le splendide château de la reine lorsque, un jour, celle-ci fit venir auprés d'elle son jeune ami et lui dit:

   - Dans mon glacial pays du nord, il n'y a ni jardins, ni vergers, ni arbres d'aucune sorte. Rien ne peut y pousser. Pourtant, j'ai grande envie de goûter à ces fruits exquis qui s'épanouissent en abondance dans les pays ensoleillés du sud. Je  vais donc m'y rendre et je rapporterai ici un plein traîneau de fraises, de cerises, de poires, d'ananas et de mille autres friandises délicieuses. En mon absence, je te défends de quitter le château. Et la Reine partit, laissant Kay seul dans son royaume.

Kay vivait donc solitaire dans le royaume de la Reine des neiges, mais il était tellement indifférent à tout qu'il n'avait même pas envie de s'évader. c'est alors que, aprés un long et pénible trajet à travers tous les dangers de ce terrible pays. Gerda pénétra enfin dans le merveilleux château de glace.

La pauvre enfant était à demi-morte d'épuisement, le vent avait déchiré ses vêtements, et depuis trois jours elle n'avait rien mangé.

Mais, des qu'elle aperçut Kay, son visage rayonna de bonheur et, courant à lui avec des cris de joie, elle appuya tendrement sa joue contre la sienne.

   - Oh! cher Kay, enfin te voila! Viens, rentrons vite chez nous. Nous y vivrons heureux et paisibles comme autrefois! s'écria-t-elle.

Surpris, le morose garçon repoussa la douce petite fille qu'il n'avait pas reconnu.

   - Laisse-moi tranquille et va-t-en! lui dit-il avec ennui.

 A ces mots, la pauvre petite se blottit contre son oublieux ami et éclata en sanglot. Sa douleur était si profonde que ses larmes brûlantes pénétrèrent dans le coeur du garçon. Alors, un frisson secoua Kay, les larmes de Gerda réchauffèrent peu à peu son coeur glacé, tandis que tous les bons et purs souvenirs de son passé envahissaient ses pensées, et il se pencha vers la petite fille.

   - Oh! Kay, souviens-toi, murmura Gerda.

Et elle se mit à fredonner le simple refain qu'autrefois les deux enfants chantaient en cultivant leurs jardinets tout en haut des vieilles maisons de la grande ville.

   - Oh! Gerda, Gerda, comment ais-je pu t'oublier si longtemps? s'écria Kay en reconnaissant enfin son amie et en l'embrassant de tout son coeur.

Alors, les deux amis, se prenant par la main, quittèrent pour toujours le froid, silencieux et triste château de la Reine des neiges, coururent pendant trois jours à travers les rafales du vent du nord et arrivèrent jusqu'au buisson couvert de baies rouges qui marquait la limite du glacial royaume. Le grand renne qui n'avait pu oublier la gentille petite voyageuse s'élança vers le sud.

Ah! comme ce fut bon de retrouver le soleil brillant dans le ciel clair, l'herbe tiède remplie de ravissantes petites fleurs, les ruisseaux qui couraient dans la campagne!

Comme ce fut bon de revoir la généreuse fille sauvage et, aprés tant d'aventures, de retrouver les paisibles jardinets sur les vieux balcons

 

 

END

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